Titre :
Le Multimédia comme outil d'aide à la
formation : Analyse de pratique sur le
multimédia et la pédagogie de la
formation
Auteur : Jean-Paul Pinte ‑
Enseignant‑chercheur ‑ Doctorant
Contributeur(s) :
Organisme :
Sujet : Du livre à internet, quelle(s)
université(s) ?
Date : 19, 20, 21 juin 2002
Manifestation : Colloque Franco-Québécois, Paris
Label : pinte.htm
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A)
Son potentiel pédagogique:
Avant
d'affirmer que le Multimédia a une action pédagogique positive, il est
nécessaire d'en vérifier le potentiel pédagogique en le comparant au modèle
pédagogique idéal.
1) Le modèle pédagogique idéal:
Élaborer
un système pédagogique efficace demande une réflexion préalable approfondie: la
pédagogie est l'art de transmettre un savoir de manière a permettre à
l'apprenant non seulement de prendre connaissance de ce savoir, mais aussi de
l'assimiler de façon précise pour le comprendre clairement, de le conserver en
mémoire pour être en mesure de l'utiliser ultérieurement, sans aide extérieure,
dans toute situation où il en aura besoin. Le dialogue pédagogique suppose donc
deux acteurs: l'enseignant et l'apprenant qui doivent établir une communication
interactive pour obtenir des résultats positifs à l'issue du temps que
l'apprenant aura passé en « apprentissage ». Les nombreuses recherches sur la
réussite de l'apprentissage permettent de dégager un certain nombre de critères
relatifs à la personnalité de l'apprenant et à sa façon d'apprendre, d'autres
en rapport avec les stratégies d'enseignement utilisées par le formateur, c'est
à dire les modalités de la transmission du contenu, et d'autres enfin liés aux
différentes étapes de l'apprentissage qui permet la transmission des compétences
d'un acteur à l'autre. Ainsi, dans son ouvrage Les environnements
d'apprentissage multimédia, Philippe Marton définit 15 critères essentiels dans
l'élaboration d'un dispositif à vocation pédagogique
a) Critères relatifs à l'apprenant
‑Sa motivation :
C'est,
sans conteste, la clef de la réussite, car elle conditionne l'application,
l'acharnement indispensables dans toute entreprise : il faut que l'apprenant
soit convaincu de l'intérêt de ses efforts, encouragé sans cesse à progresser
par une stimulation incessante de sa curiosité et de sa confiance en lui qui
l'empêchera de s'abandonner au découragement, il convient de le maintenir par
des procédés variés en état d'attente du savoir, mieux encore en demande
renouvelée.
‑ Son rythme personnel d'apprentissage:
L'acquisition
de connaissances dépend de qualités qui différent selon les individus la
facilité de capter un message, la rapidité de compréhension, et la faculté
d'assimilation, aussi, toute démarche pédagogique se doit de tenir compte de
ces facteurs et de s'adapter au rythme de chacun sous peine d'échec.
‑ Sa participation :
Le
terme « acteur », que nous avons employé plus haut, spécifie bien que
l'apprenant doit se montrer actif, en faisant appel à toutes ses ressources :
perceptions sensorielles diverses qui favorisent son pouvoir de capter et
d'assimiler les messages, ressources intellectuelles qui facilitent sa
compréhension et son aptitude à mémoriser. Il doit observer, analyser, faire
des synthèses, approfondir la recherche par des lectures complémentaires, avoir
une réflexion personnelle : la pire des attitudes serait une passivité aux
effets négatifs.
L'interactivité avec le système
d'apprentissage :
Toute
pédagogie valable doit permettre le dialogue, un échange entre l'apprenant et
le maître par le biais du système utilisé : il faut que chacun questionne
l'autre, impulse éventuellement une orientation nouvelle en fonction des
réponses; d'une part, l'apprenant doit suivre la démarche pédagogique du maître
pour comprendre ce qu'il veut lui enseigner ; d'autre part, ce dernier doit
s'apercevoir des difficultés rencontrées par l'apprenant avant qu'elles ne
deviennent un barrage à toute progression; le dialogue ne peut avoir de profit,
s'il devient un « dialogue de sourds ».
La perception :
Dans
tout échange pédagogique, le maître envoie des messages soit par l'expression
orale, soit par d'autres éléments sonores ( d'enregistrements commentés, par
exemple ), soit en utilisant des éléments visuels (images, films, graphiques),
et l'apprenant doit les capter par une bonne perception visuelle et sonore afin
d'assimiler le savoir ainsi véhiculé
Critères concernant les modalités de la transmission du savoir
L'organisation des messages :
C'est
le travail de préparation du pédagogue qui lui permet de mettre en forme les
messages de manière à rendre cohérente l'utilisation simultanée ou successive
des signes sonores ou visuels porteurs du message à faire passer, toute la
force d'une pédagogie réside dans l'équilibre entre les diverses catégories de messages
linguistiques, audios et visuels.
La structuration du contenu
Toutes
les études sur l'efficacité de la pédagogie prouvent qu'on doit utiliser chez
l'apprenant les ressources du raisonnement, ce qui suppose une démarche
préalable du formateur pour établir une organisation claire et rigoureuse du
contenu à transmettre, l'emploi des schémas se révélant aussi très fructueux
pour favoriser la compréhension et la mémorisation.
Choix des méthodes pédagogiques
C'est
l'affaire du maître qui dispose de méthodes très variées à choisir en fonction
de l'inclination qui le pousse vers telle théorie d'apprentissage : le
behaviourisme habituel dans l'enseignement traditionnel, ou le cognitivisme
plus moderne, sans perdre de vue pour autant les qualités particulières de
l'apprenant, et son niveau initial.
La stratégie de l'organisation
des ressources :
Une
fois évaluées les ressources de l'environnement pédagogique et les possibilités
physiques et intellectuelles de l'apprenant, la stratégie du maître consiste à les
organiser en vue de la plus grande efficacité.
Le guidage de l'apprenant :
L'apprentissage
se fait alors selon un parcours où l'apprenant doit être guidé dans le dédale
des connaissances de façon plus ou moins autoritaire, avec des pauses qui
éviteront une accumulation brouillonne, et une assimilation insuffisante ; des
auteurs comme Vygotski et Bruner ont insisté sur l'importance du guidage dans
le développement cognitif
c) Critères relatifs aux divers moments de l'apprentissage
‑ Répétitions d'activités et expériences variées :
C'est
l'apprenant qui joue le rôle déterminant dans son propre apprentissage en
établissant des interactions avec son expérience. A la fin du 19e siècle Dewey
lance la célèbre formule : « Learning by doing », apprendre par l'action, et
ses idées seront partagées par Piaget et les partisans de l'École active ;
cette conception conduit les pédagogues à introduire dans l'apprentissage des
activités variées basées sur l'expérience : manipulations, simulations,
questionnement.
‑ Les exercices :
Tout
apprentissage s'accompagne nécessairement d'un entraînement au moyen
d'exercices répétés qui permettent la vérification des connaissances et la
correction rapide des erreurs, en réajustant les réponses grâce à la
rétroaction. Il faut donc établir une alternance entre la captation du savoir
et les exercices de vérification.
‑ La connaissance
des résultats: la rétroaction.
La
rapidité de la rétroaction donne son efficacité à l'exercice en permettant à
l'apprenant de contrôler l'exactitude de son propre savoir et sa capacité à
l'utiliser en évitant les erreurs. La rétroaction, concept issu de la
cybernétique se présente sous deux formes différentes : celle qui informe le
formateur ou le système d'apprentissage sur l'état de l'apprenant, et celle qui
informe l'apprenant sur la valeur de son apprentissage.
‑ L'application des
connaissances acquises: transfert.
Le
transfert mesure la faculté d'application des connaissances acquises à un
problème ou une situation qui n'ont pas été rencontrées par l'apprenant lors de
son apprentissage, c'est ainsi qu'il teste ses structures cognitives en
adaptant ses connaissances théoriques à la pratique, ce qui est la finalité de
toute pédagogie.
‑ Les contacts
humains épanouissants.
Toute
action pédagogique suppose une communication entre deux ou plusieurs humains,
source d'échanges et de dialogue constants. Tout apprenant a besoin d'un ou de
plusieurs formateurs qui jouent aussi le rôle de guides, d'accompagnateurs, ou
de conseillers.
2) La capacité du Multimédia à répondre à ces
critères:
Il
nous appartient maintenant d'analyser l'utilisation du Multimédia comme aide à
la Formation en cherchant à vérifier les possibilités de ces nouvelles
technologies face aux demandes définies précédemment. Examinons d'abord
l'intérêt qu'a l'utilisateur de Multimédia à faire appel à ce nouvel outil
d'acquisition de connaissances qui nécessite un investissement financier, un
apprentissage initial de maniement, alors qu'il existe des cours par
correspondance qui peuvent, en général, lui apporter une formation analogue
moins onéreuse.
a) L'apprenant utilisateur
de Multimédia :
A
l'apparition de l'ordinateur, son écran n'affichait que de simples chiffres et
des lettres, ce qui en faisait un instrument de travail plutôt rebutant ; le
Multimédia, c'est à dire l'association de plusieurs médias, en s'adressant
simultanément à plusieurs de nos sens, a introduit une variété qui explique
l'engouement actuel des utilisateurs. C'est en 1984 que les interfaces
graphiques apparurent avec le Macintosh, et avec le système d'exploitation
Windows pour PC en 1985, la souris permit l'accès à des menus déroulants, des
icônes, et à partir des années 90, les ordinateurs personnels fournirent du son
et des images de plus en plus précises et attrayantes.
Claire
Meunier, professeur en technologie éducative à la Faculté des Sciences de l'Éducation
de Montréal et fondatrice du groupe de recherche sur l'apprentissage et
l'évaluation multimédias interactifs (GRAEMI ) affirme que grâce au multimédia,
on pourra enfin « se distancier du cognitif pur pour accorder une place
appropriée à l'affectif, considérer le plaisir comme élément intégrant de
l'éducation », ces propos laissent imaginer un apprenant très motivé qui,
délivré du contact unique avec des textes austères, a la chance de voir
apparaître sur son écran des documents variés : des textes, mais aussi des
images, accompagnées ou non de sons, des schémas, des séquences vidéo. L'apprentissage
de sa machine lui demande, certes, des efforts préalables, mais dans un
contexte ludique, auquel il est déjà habitué par l'usage de plus en plus fréquent
des jeux vidéo ; il est lui-même aux commandes de l'appareil, ce qui lui donne
un sentiment de puissance, car il a tendance à assimiler son savoir-faire à un
savoir intellectuel, bien entendu, il prendra conscience ultérieurement de la
différence, niais le départ sera plus enthousiaste que lorsqu'il est un simple
acteur passif se bornant à écouter le discours d'un professeur. Ici,
l'apprenant devient acteur, en agissant sur une touche de clavier, ou en
actionnant la souris, il déclenche sa propre intervention sur le processus
d'apprentissage en cours, et l'environnement technologique l'informe alors par
des moyens variés de la valeur de ses réponses ou réactions, ce qui lui permet
de les réajuster sur-le-champ, cette interactivité se retrouve aussi lorsque
l'apprenant, ayant besoin d'informations, se voit présenter, grâce aux
interfaces graphiques, des séquences vidéo ou des messages sonores ou écrits en
rapport avec ses questions. Les messages reçus sont d'autant plus clairs et
plus faciles à mémoriser qu'il y a souvent association entre le texte, le son
et l'image Chacun choisit son heure de travail, sa durée ; l'aspect
contraignant de l'enseignement traditionnel disparaît pour laisser place à plus
d'autonomie; si l'apprenant met du temps à comprendre, il peut reprendre
plusieurs fois les explications fournies sur le cédérom qu'il possède ou sur
les documents qu'il aura lui-même imprimés, son orgueil sera sauf, et il ne
sera jugé ni par ses condisciples, ni par son maître, d'une façon immédiate,
aussi s'acharnera-t-il autant que cela lui paraîtra nécessaire.
Quand
il saura utiliser les moteurs de recherche, il aura l'impression d'accéder à un
trésor infini, toujours à sa portée. Dans un premier temps, il aura parfois
l'impression d'être seul, alors qu'il a eu l'habitude dans l'enseignement
traditionnel d'avoir des interlocuteurs : le maître ou ses camarades, mais il
n'est pas toujours facile de questionner le maître et les, camarades ne donnent
pas forcément la bonne réponse ; grâce à Internet et ses forums, l'apprenant du
Multimédia évite l'isolement, il peut interroger à distance les gens les plus
habilités à lui répondre, entretenir une correspondance par courrier
électronique personnel ( E-Mail ) avec son formateur et ceux qui suivent la
même formation; il a le choix entre d'autres possibilités attrayantes: les News
groups ou forums de discussion, où l'on s'inscrit en fonction d'un centre
d'intérêt commun, chacun pose ses questions et reçoit des réponses en général
rapides, de toutes façons, il accède au F A Q (Frequently Asked Questions),
liste des questions les plus courantes avec leurs réponses, établies par des spécialistes
; il peut aussi participer aux « Chats », autre sorte de forums sur des thèmes
divers, le Net‑meeting lui permet de travailler à distance avec un, ou
plusieurs interlocuteurs qui peuvent, par exemple, rédiger un texte avec lui
sur Word, y ajouter des graphiques, des schémas etc., utiliser le même tableau
blanc, comme s'ils se trouvaient dans la même pièce.
Le
système de vidéo conférence lui permet de voir son interlocuteur à condition
qu'ils possèdent tous deux un équipement spécial qui devient de moins en moins
dispendieux, et de « bavarder » par messages alternés, en temps réel; le
Multimédia abolît le temps et l'espace, puisqu'on peut travailler de façon
synchrone avec le formateur, mais plus souvent de façon asynchrone, ce qui
permet d'ajuster les exigences de sa vie quotidienne et son désir d'apprendre ;
en se mettant en relation avec des internautes de pays étrangers, on a
l'impression de rentrer dans une véritable communauté à l'échelle planétaire.
De plus, dans l'enseignement traditionnel, l'apprenant dépend des programmes
imposés, alors que par le multimédia, il peut acquérir des connaissances non
seulement sur les sujets qu'il doit approfondir par nécessité, mais aussi dans
des domaines où il pénètre, grâce aux hypertextes, hypermédias, ou aux moteurs
de recherche, en fonction de son seul bon vouloir: c'est l'accès libre au
savoir dont les hommes ont toujours rêvé. Enfin, l'utilisation des techniques
modernes plait d'autant plus à l'apprenant qu'il sait qu’il aura à s'en servir
dans sa vie active. Ainsi l'habituel reproche fait aux études traditionnelles
considérées comme trop coupées de la vie réelle n'a plus lieu d'être. Les
travaux récents en psychologie cognitive témoignent des réactions de rejet de
l'apprenant, lorsqu'un professeur omniscient le cantonne au rôle d'objet passif
à qui il se borne à asséner un savoir prédigéré, les mécaniques d'acquisition
de savoir basées sur la théorie du béhaviorisme sont de nos jours délaissées au
profit de la théorie du constructivisme qui préfère déléguer à l'élève le rôle
d'architecte en lui confiant la tâche d'acquérir par lui-même ses
connaissances, c'est à dire le maximum de matériaux, et de les assembler en
demandant éventuellement de l'aide et des conseils pour éviter les erreurs. L'ennui,
le pire ennemi de tout apprentissage est évité dans la formation par le
Multimédia grâce à l'emploi alternatif ou simultané de l'écrit, du visuel et du
son et à une interactivité permanente, difficile à instaurer dans un
enseignement traditionnel.
Bien
entendu, il est essentiel que l'apprenant qui utilise le Multimédia ne confonde
pas son habileté à trouver les ressources offertes, et l'assimilation véritable
des connaissances, il doit se doter d'un esprit critique sur ses propres
facultés, et travailler de façon plus intelligente que dans l'enseignement
traditionnel, c'est là qu'interviennent les contacts avec le formateur et les
autres participants à la formation par l'intermédiaire du courrier
électronique, des forums, etc. et l'utilisation avertie du logiciel éventuel.
L'apprenant
est aussi attiré par le Multimédia dans la mesure où il peut adapter lui-même
ses connaissances antérieures à son apprentissage, les cours qui sont faits
dans l'enseignement traditionnel s'adressent à un certain nombre d'individus
qui ne possèdent pas les mêmes connaissances en raison de la différence de leur
environnement culturel ou de leur expérience, aussi le professeur est-il
souvent amené à enseigner des connaissances ignorées de certains, connues des
autres qui risquent alors de s'ennuyer ; l'apprenant du Multimédia n'a pas à
perdre son temps à réécouter ce qu'il
sait déjà. Pour toutes ces raisons, nous pouvons admettre qu'une formation par
le Multimédia ne peut que recevoir l'adhésion de tout apprenant responsable.
b) Les ressources variées du
Multimédia dans la transmission du contenu.
Sans
refaire l'historique des moyens utilisés successivement pour l'Enseignement à
Distance, envisageons ce dont nous disposons en l'année 2000 pour organiser une
formation par Multimédia, outre les avantages énoncés plus haut pour établir un
contact entre l'apprenant et ceux qui peuvent l'aider. Les nouvelles
technologies du Multimédia mêlent textes, mots, images anciennes et nouvelles,
chiffres et sons, en les rendant tous accessibles sur le même support, le tout
est de comprendre comment ces matériaux si variés parviennent à transmettre un
contenu significatif et cohérent : pour l'écrit, il n'y a guère de différence
avec l'enseignement traditionnel, il suffit d'employer, pour faciliter la
perception des messages, les ressources du traitement de texte qui sont celles
du livre: soulignage, variété du graphisme, mise en valeur des titres etc.
L'emploi
des images offre, par contre, des avantages évidents : on peut s'en servir
comme de simples illustrations statiques, de même que les schémas explicatifs,
les tableaux, mais grâce à la possibilité d'utiliser des images animées (
séquences vidéo) on a la capacité de faire une simulation de situation réelle
ce qui rend l'enseignement plus vivant, par exemple en Histoire (document représentant
un événement), en Sciences physiques (expérience suivie de bout en bout) etc.
C'est en particulier dans la formation professionnelle que cette possibilité
sera le mieux exploitée pour mettre l'apprenant dans les conditions exactes
qu'il aura à connaître (montage de pièces automobiles, simulation d'opération
pour un chirurgien, apprentissage du pilotage d'un avion ....
Selon
Salomon (1974‑1979), la prise d'informations par Multimédia permettrait
d'attirer l'attention sur des détails importants par ses animations : il s'agit
alors de profiter d'un système symbolique dynamique qui offre l'avantage de
favoriser chez l'apprenant la construction de compétences à haut potentiel de
transfert, c'est à dire leur utilisation dans une grande variété de situations
(Attesté aussi par Resnick 1987. Voss 1989. ).
On
peut aussi jouer sur l'alliance son / image pour créer une valeur expressive et
informative que l'apprenant capte plus aisément : il peut y avoir synchronisme
entre les deux éléments et le lien s'établit instantanément dans la mémoire,
l'asynchronisme ( son en avance ou en retard sur l'image) permettant plutôt de
jouer sur des effets esthétiques.
Un
son, d'ailleurs, peut être une voix, un bruit durable ou ponctuel, un murmure,
une détonation et cette variété utilisée dans des documents audio‑visuels
détermine chez l'apprenant une activité mentale différente. Un son peut
suggérer une image et la réciproque est aussi vraie; l'analogie auditive se
rapprochant souvent plus de l'activité perceptive naturelle ( le bruit d'un
avion en vol est plus suggestif que sa représentation visuelle ), le Multimédia
offre donc la possibilité de perceptions variées selon les fins pédagogiques
qu'il se propose.
L'apprentissage
par Multimédia peut se faire par l'utilisation de documents présentés de façon
non linéaire, gérée par l'ordinateur, mais laissant à l'utilisateur la
possibilité de « navigation », il s'agit de regroupement s'apparentant au
phénomène de l'association d'idées et reliant soit des textes ( hypertextes),
soit du texte à des images ou des documents sonores, il faudrait alors employer
le terme « hypermédia » . Cette technologie qui donne l'initiative à
l'apprenant qui peut aller de « noeud » en « noeud » ( au risque parfois de
brouiller son esprit), offre un enrichissement cognitif sans pareil, rendu
particulièrement aisé par la technique d'emploi de l'ordinateur
(à comparer avec les « renvois » plus fastidieux d'une encyclopédie sur
papier)
c) Les temps de l'apprentissage par le Multimédia
Comme
le signale Haughey (1995), les technologies de l'information ne doivent pas
être utilisées dans un cadre pédagogique analogue à celui de l'enseignement
traditionnel: elles sont destinées à favoriser une plus grande autonomie et la
plupart des auteurs s'accordent à recommander une approche constructiviste,
c'est à dire à préparer le contenu de connaissances à transmettre pour laisser
à l'apprenant la plus grande liberté possible dans la poursuite de son
processus d'apprentissage. Levy (1997) insiste sur l'idée que depuis le
développement du cyberespace une réforme s'impose pour mettre en place un
nouveau style de pédagogie favorisant l'apprentissage personnalisé et
l'apprentissage coopératif en réseau.
Cependant
de nombreux logiciels éducatifs s'inspirent de principes comportementalistes
c'est à dire directifs, offrant les connaissances très organisées, avec
précision, ordre rigoureux, offrant une grande rapidité du « feed‑back »,
ce qui engendre un guidage très rigide, ce modèle semble efficace à certains
moments de l'apprentissage concernant des procédures simples, des acquisitions
de listes de connaissances d'un niveau peu élevé; mais pour un niveau de
connaissances plus complexes, il est plus rentable de proposer une approche où
l'apprenant jouira d'une plus grande latitude pour organiser son parcours,
choisir le moment où il doit se contrôler lui-même, faisant sa propre
construction de sens en ajoutant à ses connaissances initiales celles qu'il
peut acquérir par tous les procédés dont il dispose dans cet apprentissage si
ouvert : en fait, la progression dans le cours, le niveau de difficulté du
contenu, le rythme des contrôles faits par l'ordinateur dépendent de l'âge et
du niveau initial de l'apprenant. Pour la résolution de problèmes, il ne
suffira pas toujours de se contenter de donner quelques indices, mais on peut
envisager un système de guidage (coaching) capable d'assurer un suivi strict du
processus de résolution envisagé par l'apprenant afin de lui éviter de s'égarer
trop loin de la bonne solution et d'en être découragé.
Le
guidage permettant à l'apprenant de rester en contact suivi avec le formateur
est d'autant plus indispensable que le recours au WEB pour obtenir des
renseignements est dangereux sans l'aide d'un guide et d'un vérificateur, car
il s'agit d'un monde sans organisation dirigeante, où les informations ne sont
ni vérifiées, ni ordonnées
Ainsi
il semble intéressant d'utiliser alternativement tout au long de
l'apprentissage les quatre stratégies signalées dans l'ouvrage de Depover,
Giardina et Matton : Les Environnements
d'Apprentissage Multimédia.
‑
la stratégie expositive, présentation des règles, des principes, des concepts
indispensables.
‑
la stratégie par redécouverte guidée où ces différents éléments seront
découverts à travers des mécanismes d'induction.
‑
la stratégie par résolution de problèmes et la stratégie appelée « structurale
» qui insiste sur les caractéristiques d'ensemble des savoir-faire qu'on vise à
faire acquérir par l'apprenant.
En
ce qui concerne les contacts humains, on a pu constater que l'apprentissage par
Multimédia permet à l'apprenant d'entretenir des relations intellectuelles très
enrichissantes avec son tuteur-formateur, ses condisciples, des internautes de
tous les pays qui ont les mêmes centres d'intérêt que lui: on ne peut donc
parler d'isolement moral, même si physiquement il travaille le plus souvent
seul.