Titre : La bibliothèque
universitaire décloisonnée et le laboratoire en réseau (sommaire)
Auteur : François Duchesneau
Contributeur(s) :
Organisme : Université de Montréal
Sujet : Du livre à internet, quelle(s)
université(s) ?
Date : 19, 20, 21 juin 2002
Manifestation : Colloque Franco-Québécois, Paris
Label : aab65279.htm
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Les technologies de
l’information et de la communication appliquées à la diffusion des résultats de
la recherche et leur incidence sur la structuration de la recherche fournissent
ici le thème d’analyse.
Parmi les instruments
de diffusion de la recherche, le format électronique acquiert une importance
déterminante. Ce support technologique permet et facilite l’accès à une quantité
infiniment plus considérable de données, d’informations et de productions de
recherche. Ainsi à travers des projets comme celui des licences nationales de
sites pour les périodiques scientifiques, projet financé par la Fondation
canadienne pour l’innovation, par le gouvernement du Québec et par les
universités participantes, le chercheur bénéficie de matériaux bibliographiques
d’un autre ordre de grandeur que tout ce à quoi il avait normalement accès même
dans une bibliothèque universitaire richement dotée.
Matériellement, par
le recours aux médias électroniques pour l’archivage, la consultation et
l’édition, la bibliothèque universitaire n’est plus circonscrite à une enceinte
architecturale et à un emplacement géographique. Elle se ramifie à l’échelle
planétaire et s’intègre à des réseaux de plus en plus vastes. En fait, elle est
de plus en plus délocalisée, puisque la numérisation rend la production
courante, mais aussi un nombre croissant de collections de recherche
rétrospectives accessibles à distance. Par suite, une forme de démocratisation
des établissements universitaires s’instaure, puisque la richesse et
l’ancienneté des collections papier et, notamment dans le domaine des sciences,
le nombre de périodiques en abonnement, n’est plus un facteur aussi
discriminant de la qualité des environnements de recherche.
Plusieurs conditions
nouvelles prévalent toutefois à cette extension sans précédent des ressources
documentaires servant de base à la recherche universitaire. En premier lieu,
l’établissement de consortiums puissants est requis pour négocier avec les
éditeurs et les diffuseurs et pour garantir l’accès aux documents pour le plus
grand nombre et au moindre coût. D’où l’importance croissante des alliances
nationales et internationales et des ententes de partenariat impliquant les
universités d’une aire culturelle et technologique donnée. En second lieu, les
bibliothèques universitaires se transforment pour devenir des centres d’accès à
l’information, mais aussi de traitement de celle-ci, selon une dynamique
d’échange et de constitution des savoirs, qui n’a plus guère à voir avec la
simple fonction traditionnelle de conservation. La cohabitation de l’imprimé et
de l’électronique sera certes la règle dans ces bibliothèques pour la période à
venir, mais avec une expansion rapide d’importance de la bibliothèque
virtuelle. Il est clair, en troisième lieu, que non seulement la matière
documentaire change de support, de forme et de volume, mais que les fonctions
assumées par le personnel de nos bibliothèques et par l’usager lui-même, qu’il
soit étudiant ou professeur, changent aussi. Ce point méritera d’être développé
de façon particulière.
En ce qui concerne
les instruments de diffusion de la recherche, le format électronique acquiert
une importance déterminante : d’où des tensions considérables affectant le
processus de reconnaissance par les pairs. Celui-ci constituait la base
principale d’évaluation de la pertinence et de la qualité des productions de
recherche. Il reposait essentiellement sur l’article de revue spécialisée ou
sur le livre, qui voyaient le jour à l’issue d’un rigoureux processus de
filtrage qualitatif et qui étaient destinés à un public restreint de lecteurs experts
dans le domaine. Cette culture à transmission ésotérique est remise en cause
plus qu’il ne paraît à première vue si l’on se fie aux procédures d’arbitrage
que l’on prétend être encore en vigueur au même titre qu’auparavant. De fait,
la création des médias spécialisés de diffusion s’est accélérée; la rapidité de
livraison des contenus s’est notablement accrue; les formes que prend cette
diffusion se moulent de plus en plus sur des modalités de « work in progress »,
de prépublications : ces facteurs, tout comme le changement de dimension
quantitative, nous écartent de styles de production à la forme plus accomplie
et à la valeur plus permanente qui caractérisaient naguère la mise en forme des
publications savantes.
La diffusion des
résultats de la recherche par les médias électroniques crée l’obligation de
repenser les instruments de diffusion en leur imposant des caractéristiques
technologiques différentes et celle de se doter des infrastructures matérielles
correspondante, mais le changement affecte indéniablement aussi la
configuration des lieux où s’exerce l’activité académique, désormais étendue à
des aires très diverses, parfois très distantes de la localisation
antérieurement circonscrite des collections. Ce qui est sans doute plus
important, le processus même d’évaluation et de reconnaissance des
contributions de recherche est à revoir. La diffusion plus rapide, en plus
grande quantité, sous des formes plus provisoires, impose des contraintes de
filtrage qualitatif à une échelle de degré supérieur, pour lesquelles nous
n’avons guère expérimenté de solutions. À toute fin pratique, si le produit est
beaucoup moins filtré avant sa diffusion, il doit l’être davantage après par
les usagers eux-mêmes, à qui revient de plus en plus la responsabilité de trier
le bon grain de l’ivraie dans une masse de données susceptible de croissance
exponentielle.
D’où une fonction
primordiale à intégrer à la formation des chercheurs : apprendre l’art de
retracer, de sélectionner et d’utiliser l’information pertinente. Cette
fonction requiert un changement de rôle des enseignants et des autres
responsables des processus pédagogiques universitaires. Elle requiert une façon
nettement plus interactive de concevoir la production et le développement des
connaissances. Elle requiert la constitution beaucoup plus décentralisée des
lieux d’exercice des activités de recherche. Elle requiert aussi la formation
de réseaux véritablement internationaux d’échange de l’information multiforme
qui sous-tend l’évolution du savoir et l’innovation technologique. Le réseau
plutôt que le laboratoire, ou plutôt le laboratoire en réseau, pourrait-on
dire.
Cette notion du
laboratoire en réseau mérite une analyse particulière : elle a indéniablement
partie liée avec les nouveaux modes de production, d’évaluation et de diffusion
de l’information de pointe, modes que suscitent les développements
technologiques et qui, en retour, conditionnent le recours aux technologies
comme outils de transformation de l’université.
Le 22 janvier 2002