Titre : Le numérique et la mondialisation de
la diffusion du document universitaire
Auteur : Gérard Boismenu
Contributeur(s) : Guylaine Beaudry
Organisme : Université de Montréal
Sujet : Du livre à internet, quelle(s)
université(s) ?
Date : 19, 20, 21 juin
2002
Manifestation : Colloque Franco-Québécois, Paris
Label :.htm
Boismenu-Beaudry , Le nouveau monde numérique et la communication scientifique ; le
cas des revues, Montréal-Paris, Presses de l’Université de Montréal-La
Découverte, à paraître printemps 2002.
Notre réflexion trouve son origine dans
notre engagement continu au cours des dernières cinq années à repenser et
expérimenter de nouveaux modes de production et de diffusion de la revue
universitaire dans le nouveau monde numérique. Nous cherchons à ce qu’elles
puissent ainsi s’inscrire dans les processus de recomposition et d’accélération
de la communication scientifique. Dans ce texte, nous nous référons à la situation
de la revue qui illustre bien les enjeux du numérique pour l’édition
universitaire. Avec des formations et des parcours distincts (professeur et
directeur scientifique d’une maison d’édition universitaire, d’une part,
bibliothécaire et spécialiste des sciences de l’information, d’autre part),
nous avons été amenés à développer les premières structures de publications
numériques à l’échelle de plusieurs revues au Québec et au Canada, dans le
cadre de l’Université de Montréal.
La présence croissante de documents
universitaires en version numérique fait en sorte que leur repérage et leur
consultation procèdent selon des conditions entièrement renouvelées qui peuvent
prétendre non seulement à une plus grande efficacité, mais aussi à une
optimisation des services et des fonctions d’exploitation dans un espace sans
limites. Cette réalité interpelle toutes les composantes des circuits de la
recherche, partant de l’auteur-chercheur, jusqu’au lecteur, en passant par
l’éditeur et le bibliothécaire.
Ce nouvel environnement a un impact
majeur sur les pratiques d’exploitation et de formalisation des résultats de
recherche dans la conception et la rédaction des textes universitaires, que
l’on parle de l’article, de la thèse ou de tout autre type de document.
·
Les chercheurs doivent se doter d’habiletés indispensables
permettant de connaître et même d’exploiter les fonctionnalités offertes par le
traitement numérique des textes.
·
Les auteurs et les éditeurs doivent participer pleinement au
renouvellement des conditions d’élaboration et de communication des résultats
de recherche.
·
L’ubiquité et l’instantanéité de la diffusion et la
consultation des articles se posent dans des conditions qui permettent une
présence rapprochée auprès de bassins de chercheurs auparavant hors de portée.
Les modes d’exploitation et de diffusion
des résultats de la recherche sont bouleversés par l’environnement des
technologies de l’information, par l’effet amplificateur et multiplicateur de
la diffusion sans frontières, par l’utilisation de services permettant
l’optimisation des ressources de la numérisation. Ce bouleversement touche tout
autant les chercheurs, les doctorants, les directions de revues que les
professionnels de l’édition et de la diffusion.
On peut sans doute dire qu’il faut
repenser le document universitaire en créant de nouvelles formes de
transmission des résultats de la recherche. Cela implique certainement de
rédiger autrement les textes en fonction des outils disponibles et des nouveaux
modes de diffusion numérique. On pense tout de suite à la panoplie des
possibilités d’illustration que ce soit l’image fixe, le son, la vidéo ou
l’image tridimensionnelle qui sont très peu exploités. De la même façon, nous
n’en sommes qu’à la genèse des possibilités de l’hypertexte qui va bien au delà
d’un assemblage de paragraphes qui peuvent, au hasard de clics, aiguiller
superficiellement un bout de texte vers un autre. Déjà la norme XLINK, qui
permet de qualifier le type de lien entre une ou plusieurs cibles et une ou
plusieurs sources, contribuera à la création de nouvelles formes de documents.
La transition au numérique, à terme, sera
assurée lorsque, avec ou sans version imprimée conventionnelle en parallèle, la
version numérique du texte sera considérée première, et conçue comme telle, et
non plus comme une simple vitrine numérique d’un document imprimé, écrit en
intériorisant les contraintes du papier. Mais il n’y a pas qu’une voie pour y
arriver et encore moins qu’une seule cadence à observer. Notre préoccupation,
c’est d’identifier les repères, les variables et les outils pour définir cette
voie qui, à la fois, rend compte des conditions de réalisation et impulse une transformation
substantielle.
Une discussion féconde sur la
transformation de la communication scientifique, et sur la place de la
publication numérique des revues en particulier, doit pouvoir s’appuyer sur l’identification
des acteurs qui sont à l’œuvre et sur la reconnaissance de leurs positions
respectives. Cette reconnaissance du « terrain » est primordiale car
elle permet de découvrir le terreau dans lequel peut s’implanter une structure
de diffusion de la connaissance au service du milieu de la recherche. Par
ailleurs, des valeurs et des conditions d’existence sont associées au monde
numérique comme l’instant, la disponibilité, la proximité, l’individualité,
l’interopérabilité, le réseau. Parfois la perception de la facilité d’accès et
d’utilisation des outils colorent la compréhension de l’édition et de la
diffusion de documents universitaires sous l’angle de la suppression des
intermédiaires comme sources d’économies substantielles.
L’ignorance du travail d’autrui donne de
l’assurance pour en disposer, lui trouver une formule de substitution ou le
rendre accessoire. Il importe de circonscrire et de saisir la contribution des
différents processus qui scandent le circuit d’édition. On peut penser que le choc
numérique percutera tout autant les formes organisationnelles que les
formations professionnelles à l’œuvre dans l’édition, et ouvrira de nouvelles
perspectives dont il faut identifier les tenants et aboutissants. La nature de
la contribution de l’édition nous importe, bien plus que l’endroit où elle est
exécutée ou les personnes qui s’en chargent ou encore la forme institutionnelle
dans laquelle elle s’inscrit.
Les rôles joués par les différents
acteurs ne sont pas incrustés sous une forme organisationnelle immuable. Les
lieux de publication, qui ont pris la forme de revues indépendantes (de
sociétés savantes ou d’institutions de recherche), ou encore de maisons
d’édition universitaires ou, plus récemment, de services associés aux
bibliothèques, ont connu des formes organisationnelles diverses. Dans le
contexte actuel, ces formes se renouvellent au gré des innovations et des
initiatives. L’édition, la publication et la diffusion se renouvellent dans
leur mission et dans les pratiques, mais occupent toujours une place capitale
dans la communication scientifique. La chaîne qui va de l’édition à la
diffusion prend de nouvelles dimensions et redéfinit les points de jonction,
mais aussi les pratiques des acteurs, en particulier des bibliothèques.
L’établissement des formes
organisationnelles et la façon dont les acteurs définiront et s’acquitteront de
leurs rôles ne répondent à aucun diktat. Peut-on espérer simplement que l’on
puisse profiter des habiletés et des expertises de chacun et que la mise en
place de réseaux, comme option stratégique, permettra le développement
d’expertises complémentaires et non compétitives dans une chaîne constituée de
foyers d’excellence composant les diverses mailles de la publication et de la
diffusion numériques.
Le travail d’édition couvre un large
spectre et est l’œuvre de divers acteurs, car il consiste, dans ses grands
éléments, à préparer le contenu de l’ouvrage (corpus, données, iconographie), à
le mettre en forme, à définir son support et ses caractéristiques physiques, à
veiller à sa diffusion et à assurer sa distribution pour rejoindre le lectorat
visé. Bien que les techniques diffèrent, ces fonctions sont tout autant
présentes quand il s’agit de créer un document numérique.
De plus, l’édition, bien qu’elle se soit
professionnalisée, n’est pas l’apanage que des gens du métier et de
l’« industrie ». Les facilités techniques actuelles dans le
traitement et la diffusion de l’information et la présence traditionnelle
d’agents indépendants font obstacle au monopole professionnel, alors même que,
paradoxalement, les maisons d’édition tendent à se regrouper et à fusionner.
L’édition produit une valeur ajoutée
pertinente et significative dans la production du document imprimé, tout autant
que dans l’environnement numérique. L’édition universitaire, numérique
notamment, fait référence au processus d’institutionnalisation des forums
d’échange scientifique. Il est clair que le défi posé au travail d’édition ne
relève pas principalement de la réalisation technique d’une chaîne de
publication numérique, mais vient surtout de la mise en place d’outils
permettant l’exploitation des possibilités offertes par la version numérique
des textes, pour la production et l’édition de qualité, la conservation et
l’indexation, et, finalement, la diffusion systématique et les services
connexes.
La mise à disposition d’un document ou
d’une collection d’articles ou de revues dans le Web ouvre sur un horizon à
peine imaginable, il y a quelques années. Il s’agit d’une mise à disposition au
monde. Cette perspective enivrante ne doit pas oblitérer le fait que, malgré
des outils puissants, cette mise à disposition n’est pas, et de loin, garante
d’un rayonnement et d’une visibilité à la hauteur des anticipations ou des
espérances.
Dans ce flux d’informations qui déferlent
de toutes parts, l’utilisateur doit pouvoir distinguer, repérer, sélectionner
sans pour autant être submergé par ce trop plein qui, par sa masse, ne peut que
l’anéantir. D’où le besoin de filtres capables de trier, de distinguer, de
sélectionner, de canaliser l’information par sa nature, sa qualité, son genre,
etc. Face à ce torrent indifférencié d’informations et de contenus divers qui
emportent tout sur leur passage, il est précieux d’avoir des sas qui permettent
de filtrer ou de tamiser l’information spécialisée que constituent les revues.
C’est dans cet univers que le site de
diffusion est un sas face au torrent d’informations du Web. Il regroupe,
« thématise » et organise l’information, mais aussi il propose des
outils, facilite la consultation, crée un environnement, définit un foyer de
convergence, il est facteur de structuration. C’est un amplificateur, pour
autant qu’il assume bien son rôle et qu’on y mobilise l’attention et les
ressources nécessaires. Le site de diffusion rend possible l’inscription et la
prégnance dans la Toile, il ne les impose pas d’emblée. Être disponible dans la
Toile ne signifie pas pour autant être diffusé.
Cela demande une stratégie de diffusion
et la mobilisation de compétences, nouvelles à plusieurs égards, afin
d’accroître réellement la dissémination des collections d’articles, en
particulier auprès de lectorats nouveaux. Cette stratégie doit tenir compte des
modes d’accès les plus courants des chercheurs aux fonds documentaires, par
interrogation en termes de sujets, d’auteurs ou de mots clés davantage qu’en
référence au nom de la revue ou à l’institution éditrice.
Le principe de l’adoption d’une version
numérique par les revues ne soulève pas d’obstacles majeurs ; pour autant,
la transformation ne peut se décréter. Ce constat n’est pas original en soi. Il
suppose cependant que l’on prenne soin de comprendre les caractéristiques de
l’environnement de l’édition universitaire, afin de s’assurer de la pertinence
des actions à entreprendre et d’améliorer leur impact. Nous sommes face à un
processus social qui, bien que porté par le renouveau des formes de la
communication scientifique et par l’esprit d’initiative de ses acteurs, traîne
ses usages reconnus et légitimés, ses lourdeurs socio-institutionnelles et même
ses inerties comportementales.
La capacité de mener une action
profitable, pour la transformation des revues dans la communication
scientifique à l’ère du numérique, consiste moins à contourner les revues qu’à
prendre en compte leurs conditions d’existence, dans le but de maximiser
l’impact d’une stratégie de transition et de renouvellement. Autant ce
développement vers la publication et la diffusion numériques est admis et
anticipé positivement dans la plupart des cas, autant faut-il que les raisons
qui le motivent et les moyens à retenir pour confirmer cette option soient
examinés. C’est en ce sens que l’appréhension du processus social à l’œuvre
s’avère nécessaire car il permet de cibler et de rythmer le mode
d’intervention.
Le processus ne peut être réduit à une
dimension technique ou, d’une tout autre manière, être présenté comme la
manifestation d’une action volontariste. La principale condition du succès de ce
processus est de mener une action qui force la réalité et qui provoque la
transformation de cette dernière, tout en en comprenant les principaux éléments
constitutifs qui jouent comme contraintes. La revue représente une forme
institutionnelle, inscrite dans un complexe d’institutions et une communauté
scientifique, faite de pratiques reconduites, sanctionnées, objectivées et
légitimées par les usages. Au-delà du bon vouloir et des enthousiasmes
individuels, cet ensemble structuré de pratiques, se présente comme un champ
complexe de dimensions à considérer.
Les contraintes ne tiennent pas seulement
aux compétences, à l’environnement technologique ou aux ressources
disponibles ; elles relèvent aussi du processus d’appropriation sociale
des innovations. Comment se surprendre que les échelles de temps se télescopent
(le temps numérique, le temps du changement social, le temps prophétique) et
que les phénomènes possèdent une profondeur et une histoire propres ? Les
revues, ce sont des comportements et des anticipations de plusieurs acteurs,
dont ceux de la chaîne de l’édition : auteurs, directeurs, évaluateurs des
textes soumis, secrétaires de direction, producteurs techniques, diffuseurs,
lecteurs-utilisateurs, dirigeants d’organismes de subventions, universités,
évaluateurs pour les promotions, etc. Pour chacun, la problématique générale se
particularise et fait place à un modèle de comportement attendu. Ce qui permet
de comprendre que, dans plusieurs cas, malgré une volonté affirmée, les
anticipations de changements annoncés sont souvent déjouées.
Ce constat
débouche sur l’engagement pour l’action réaliste qui cadre la mise en tension
nécessaire, dans toute transformation sociale, entre les forces et la direction
du changement, d’une part, et les composantes et les comportements qui
absorbent cette transformation et se renouvellent à travers elle, d’autre part.
On pense à plusieurs dimensions très diversifiées, telles la reconnaissance
institutionnelle de revues en version numérique, le développement d’une
économie politique, les formes organisationnelles, l’appui institutionnel à des
pratiques de regroupement et de mise en réseau. Pour ces aspects, comme
d’ailleurs pour les éléments techniques, la recette a tout lieu de vieillir
très vite et d’être artificielle. Il convient davantage d’arrêter une démarche
pour aborder les questions et proposer des solutions dans un processus
dynamique.
Le système de communication scientifique
est un système social institutionnalisé avec ses conventions, ses rites et ses
certitudes, avant d’être technique. Modifier les comportements et les attentes
des divers acteurs et des institutions est un processus qui s’entrechoque à des
« résistances » et à des « inerties » qui ne sont pas
l’œuvre, a priori, d’esprits chagrins
ou passéistes (bien que l’on en trouve !). On peut certes avoir une vision
et des objectifs précis afin d’imprimer une orientation et d’impulser une
transition des formes et des supports que prendra la revue comme vecteur de la
communication scientifique, mais il importe aussi d’établir une stratégie
conséquente qui prenne en compte le processus complexe d’appropriation des
innovations.
Le refus d’adopter une innovation ou la lenteur
à se l’approprier peut être compris comme une manifestation de résistance de la
part de l’usager. Trop souvent, ce que l’on désigne, implicitement, par ce
vocable c’est l’attitude ou le comportement d’un gêneur qui contrecarre un
développement que l’on voudrait massif, rapide et inéluctable. Les processus de
transformation s’inscrivent moins dans une problématique de table rase et bien
davantage dans l’incorporation, par sédimentation, de nouvelles pratiques,
représentations et organisations dans un ensemble dont les principes de
référence démontrent, au moins en partie, une certaine constance. Les revues
constituent des institutions dans les circuits de communication scientifique.
Elles ont établi leur personnalité, leur sérieux et leur notoriété. Elles
témoignent bien de la capacité d’impulser un mouvement de changement par
l’introduction d’un travail soutenu d’édition numérique.
La question ne se limite pas à l’édition
numérique des revues, en elle-même. Elle prend tout son sens, eu égard aux
conditions particulièrement délicates dans lesquelles elle évolue. Les revues
qui ont pour caractéristiques de participer à des infrastructures nationales de diffusion de la recherche,
particulièrement en sciences humaines et
sociales et s’inscrivant dans un sous-ensemble linguistique non dominant
au plan mondial, jouent un rôle essentiel dans la communication scientifique
des diverses sociétés, mais généralement la précarité est leur lot. L’entrée en
scène de la publication et diffusion numériques peut aller de pair avec la
confirmation du morcellement des lieux d’édition ou, autrement, avec des formes
de regroupement.
Le regroupement des moyens pour mettre en
œuvre le travail d’édition numérique, une fois le travail éditorial assuré, est
davantage en mesure de proposer des services durables et de qualité, en accord
avec la valorisation et le rayonnement des revues. Encore faudrait-il que ce
regroupement émane du milieu universitaire et soit à son service. En ce sens,
l’environnement organisationnel sans but lucratif peut permettre de définir un
espace où les revues, qui ne sont pas dans le giron des oligopoles, peuvent
s’imposer comme formes stables et professionnelles de communication
scientifique. Cet espace peut s’appuyer sur des structures existantes qui
occupent une place qu’on ne peut sous-estimer, à côté des groupes commerciaux
et des serveurs de prépublications. Les revues devraient pouvoir effectuer la transition
vers le numérique selon un modèle qui réponde aux besoins du milieu et de ce
type de document, et contribuer à la mise en œuvre d’un système de diffusion
qui assure leur viabilité, comme organes de communication scientifique et comme
institutions réunissant les conditions matérielles de leur existence.
La mise en place de réseaux, comme option
stratégique, permet le développement d’expertises du milieu universitaire non
compétitives dans une toile constituée de point de regroupement composant les diverses
mailles de la publication et de la diffusion numériques. L’intérêt de la mise
en place de réseaux de sites de diffusion de revues, afin de maximiser la
visibilité et la présence dans la Toile, se comprend aisément pour la
diffusion, dans la mesure où cela constitue plusieurs portes d’entrée à des
collections importantes, distribuées dans différents sites d’hébergement. Cela
n’est pourtant que le point de départ des avantages que l’on peut attendre.
L’utilisation de l’anglais comme langue
de communication scientifique couplée à la publication dans les revues
internationales dominantes est en soi une stratégie efficace de diffusion
internationale de la recherche qui se fait dans les universités francophones.
Toutefois, l’importance des travaux publiés en français ainsi que le fait que
les chercheurs francophones continueront à publier, même de façon non
exclusive, dans leur langue, justifie l’élaboration et la mise en œuvre de
stratégie de diffusion dans la francophonie et bien au-delà.
À l’échelle de la francophonie, il serait
possible de tisser des liens qui permettent le repérage et la consultation de
près de trois cents revues et de dizaines de milliers d’articles en ligne. La
mise en place d’un tel volume de documents devrait imposer leur présence dans
la communication scientifique, d’abord en milieu francophone, puis dans
l’anglophonie. L’affirmation du sous-ensemble francophone et son
institutionnalisation constituent une étape majeure mais n’est pas en soi un
aboutissement. D’un côté, cette action contribue à diminuer la part relative de
l’anglais dans le Web, ce qui est dans la foulé d’un mouvement général
confirmant le caractère polyglotte d’Internet. D’un autre côté, c’est un mode
de passage permettant d’avoir droit de cité dans l’anglophonie qui domine. En
effet, la conjugaison des efforts du côté francophone produit un effet de
masse : grâce à la capacité d’offrir une collection de quelques centaines
de revues dont les méta données répondent à un même protocole, la présence des
notices des articles dans les bases de données et systèmes d’information
diffusés à l’échelle internationale devient beaucoup plus plausible. Ces méta
données comprendraient notamment les titres et les résumés traduits, au moins
en anglais, des articles. L’exploitation de la logique et des possibilités du
numérique et de la mise en réseau permet de relever le défi de la diffusion
mondiale du document universitaire francophone.
Le défi devient particulièrement
stimulant : comment donner toute leur place, par exemple, aux revues
numériques francophones en sciences humaines et sociales dans les grands
circuits de la Toile qui reste dominée par l’anglophonie ? Ce sont les
efforts concertés qui peuvent le plus prétendre à des résultats et offrir la
place qui revient à la diffusion de la recherche qui se fait dans les
universités francophones dans la mondialisation des réseaux de diffusion des
résultats de la recherche.