Titre :
Les relations
internationales à l'heure des nouveaux médias, questions et prospectives
: Éléments
de réflexion sur l’enseignement supérieur, les nouveaux médias et les relations
internationales.
Auteur : Robert Thivierge
Contributeur(s) :
Organisme : CREPUQ, Coordonnateur général, projets TIC
Sujet : Du livre à internet, quelle(s)
université(s) ?
Date : 19, 20, 21 juin 2002
Manifestation : Colloque Franco-Québécois, Paris
Label : Allocution CCIFQ-juin2002.htm
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L’Internet, l’Université et le devenir des agglomérations
urbaines
Les nouveaux médias, et l’Internet en particulier,
constituent des moteurs de la transformation de la société moderne en société
du savoir. On peut prévoir que les relations internationales composeront avec
la présence et l’influence croissante d’un réseau de pôles universitaires
étroitement reliés et qui joueront un rôle encore plus déterminant dans
la production de la connaissance et la création de la richesse.
Dans une société où la croissance repose sur la
connaissance, le savoir-faire, la recherche, la créativité et l’innovation dans
tous les domaines, l’importance relative des réseaux universitaires ne peut que
prendre de l’importance.
Car la principale composante de la main d’œuvre dans cette
société du savoir est constituée de gens bien formés, autonomes et hautement
mobiles. Cette main d’œuvre a le goût et la liberté de se choisir un milieu de
vie qui conjugue diversité, ouverture d’esprit et tolérance d’une part et qui
d’autre part offre vie culturelle riche et variée ainsi que des espaces verts
et l’accès aux loisirs de plein air. L’émergence de cette main d’œuvre, qui ne
tardera pas à devenir le bloc social le plus important en nombre, finira bien
par assurer le triomphe de la ville agréable.
Un regard sur l’évolution des facteurs de localisation des
entreprises permet en effet de constater que les comportements, goûts et attitudes
de cette main d’œuvre représentent une donne incontournable pour le choix
d’emplacement d’entreprises qui ont tout intérêt à s’installer là où elles
trouveront les ressources humaines qui font leur fortune. À cela s’ajoutent,
pour les entreprises, les besoins de proximité physique, la recherche de foyers
de cultures aptes à se laisser pénétrer par les progrès techniques, la
recherche d’économies d’échelle et le développement de grappes industrielles
articulées avec des pôles universitaires. Autant de facteurs qui accentuent les
effets d’agglomération que l’on connaît déjà.
Le monde universitaire évoluera par ailleurs dans un
contexte où l’état nation aura graduellement cédé de son emprise à des
instances internationales dans plusieurs domaine de la gouvernance, à des
acteurs non étatiques organisés à l’échelle mondiale et à des instances locales
ou des villes-régions qui constitueront le nécessaire contrepoids du local
contre le global et qui deviendront des lieux privilégiés d’influence socio-politique
et de création de la richesse. Les universités sont appelées à y occuper des
zones inédites d’influence et de responsabilité.
La mutualisation des biens pédagogiques numérisés à
l’échelle planétaire.
L’avenir nous promet l’ordinateur sans fil complètement
mobile, un accès à des débits de transport, à des puissances de calcul et à des
capacités de stockage et de traitement considérables. Les flux et les volumes
de l’information ne cesseront de croître à une vitesse accélérée. En navigant
sur Internet, on en vient parfois à se demander qui seront les Noé qui
viendront nous sauver du déluge de données numériques qui a commencé à
s’abattre sur nous et comment on pourra éviter la suffocation sous
l’accumulation exponentielle de la mémoire collective ?
Le courtage en information, qu’il soit effectué par des
personnes ou par des outils, sera indispensable dans toutes le sphères
d’activité pour faciliter la recherche des contenus pertinents.
En enseignement, on peut espérer que l’on saura développer
des outils qui permettront de faciliter le catalogage et le repérage des
ressources numérisées d’enseignement et d’apprentissage. On entrevoit que
l’implantation de normes permettra de créer un environnement de bases de
données ouvertes les unes aux autres. Les objets d’apprentissage seront décrits
à l’aide de métadonnées procédant d’une terminologie universellement reconnue
et des traits sémantiques communs. Au cœur de tout ceci, l’interopérabilité qui
permet l’accès, le partage, l’assemblage, les combinaisons, la constitution de
trousses de ressources d’apprentissage à partir de banques distribuées d’actifs
pédagogiques.
Ainsi, dans chaque discipline, étudiants et professeurs
disposeront de ressources en provenance de partout dans le monde et disposeront
d’outils leur permettant de sélectionner et de trier les ressources les plus
pertinentes. Il reste à voir comment on pourra s’assurer de la qualité des
ressources consultées, comment la propriété intellectuelle pourra être
respectée et comment, le cas échéant, le micro-paiement d’un droit d’auteur
pourra être effectué. Faut-il espérer, pour le bénéfice des apprenants d’ici et
des pays du sud, qu’une bonne part de ces objets d’apprentissage soient d’accès
gratuit et que les ressources numériques du monde académique constituent un
patrimoine partagé, accessible à tous, gratuitement.
Une relation pédagogique enrichie par de nouvelles formes
d’interaction
Les nouveaux médias permettent de délocaliser l’activité de
formation, offrant ainsi plus de flexibilité à l’apprenant, mais en même temps,
ils génèrent des nouvelles formes d’interaction qui enrichissent
l’apprentissage. La relation pédagogique se trouve améliorée grâce à des
nouveaux modes d’interaction entre étudiants et professeurs, entre étudiants,
avec les sources d’information, avec des laboratoires, ainsi qu’à l’intérieur
des groupes de travail et des équipes de projets. On peut en sortir avantagé
par des contacts humains plus fréquents et des relations interpersonnelles plus
diversifiées.
Tout comme les étudiants devront apprendre à gérer des
tâches complexes dans des environnements à grande capacité de traitement, ils
devront aussi apprendre à participer à des interactions humaines complexes de
façon productive.